Une chaise. Un fond blanc un peu triste. Un dirigeant qui récite son message en fixant l’objectif comme s’il passait un examen. On a tous vu cette interview-là. On l’a même regardée deux secondes avant de scroller.
Pourtant, l’interview reste l’un des formats les plus puissants de la communication d’entreprise. C’est du témoignage brut, de l’expertise incarnée, de l’humain qui parle à de l’humain. Quand elle est réussie, une interview vaut dix pages de plaquette commerciale et trois messages publicitaires réunis.
Le problème n’est jamais l’interviewé. Le problème, c’est la méthode (ou son absence). Chez Libellule, agence de production audiovisuelle à Bordeaux et Paris, on filme des interviews toute l’année : témoignages clients, portraits d’experts, interviews collaborateurs, prises de parole presse, captations de conférences. On vous partage notre façon de faire, du premier brief jusqu’à la diffusion.
Une bonne interview, c’est un entretien préparé qui a l’air improvisé. L’interviewé y est à l’aise, le propos est clair, l’image et le son sont propres, et le public reste jusqu’au bout.
La méthode en 5 points clés :
Une interview réussie se joue à 80 % avant le tournage. La caméra ne fait que constater le travail de préparation. Ou son absence (c’est dur, mais c’est comme ça)
Avant tout le reste, une question : qu’est-ce que cette interview doit produire ? Rassurer un prospect ? Valoriser une expertise ? Recruter ? Expliquer un métier ? Nourrir votre stratégie de contenu ?
Une interview, un objectif. Si vous voulez tout dire, vous ne direz rien. C’est mathématique.
Le QQOQCP, ce bon vieux réflexe de journaliste, fonctionne toujours. Qui est votre interlocuteur, que fait-il exactement, où, quand, comment, et surtout pourquoi lui plutôt qu’un autre ?
Retrouvez son parcours sur le web. Écoutez ses précédentes prises de parole. Identifiez le sujet sur lequel il s’anime, celui où sa connaissance devient contagieuse. C’est celui-là qui fera la meilleure séquence.
Rien de pire qu’un intervieweur qui demande « alors, vous faites quoi dans la vie ? » à quelqu’un qui a écrit trois livres sur le sujet.
Préparer une interview, c’est écrire une trame. Huit à douze questions, classées du plus simple au plus engageant. On commence toujours par une question facile, presque évidente, histoire de dérouiller la voix.
Cette liste, ce n’est pas un script. C’est un filet de sécurité. Les meilleures réponses arrivent dans les questions de suivi, jamais dans les questions écrites.
Avant de partir, on vérifie toujours :
Toutes les interviews ne se ressemblent pas. Le format que vous choisissez conditionne le style, la durée et la mise en scène.
Le plan taille (de la ceinture à la tête) est le plan interview par défaut. Il montre la posture, les gestes, l’attitude générale. C’est le plan neutre, celui qui ne prend aucun risque.
Le gros plan, lui, resserre l’attention sur le visage et l’émotion. On le garde pour les passages forts, les prises de position, les moments de sincérité. Utilisé au bon endroit, il fait basculer une séquence.
Le plan large situe la personne dans son décor. Un atelier, un open space, un chantier. Il raconte le contexte avant même que l’interviewé ouvre la bouche.
Notre réflexe : deux caméras, un plan taille et un plan poitrine. Ça permet de couper à l’image sans jump cut disgracieux et ça donne du relief au montage. Avec une seule caméra, changez de valeur de plan entre deux questions.
La règle est simple : on place la caméra à hauteur des yeux. Ni au-dessus (vous écrasez votre interviewé), ni en dessous (vous le transformez en statue de commandeur).
Décalez ensuite l’axe de quelques degrés, pour que le regard croise l’objectif sans le fixer. Un angle légèrement de trois quarts flatte à peu près tout le monde et évite l’effet photo d’identité.
C’est ici que se joue la différence entre une interview amateur et une interview professionnelle. Et rassurez-vous, il n’y a rien de sorcier là-dedans.
La règle des tiers. Ne centrez pas votre interviewé. Placez ses yeux sur le tiers supérieur du cadre, et son corps légèrement décalé sur un tiers latéral.
L’air devant le regard. Si la personne regarde vers la gauche, laissez de l’espace à gauche. Sinon, elle donne l’impression de parler à un mur.
Le headroom. Un peu d’espace au-dessus de la tête, mais pas trop. Un interviewé qui flotte au milieu du ciel, ça ne va pas. Un interviewé qui touche le haut du cadre, encore moins.
Si vous voulez creuser la technique, on a écrit un article complet sur le cadrage vidéo.
L‘arrière-plan d’interview raconte quelque chose. Un mur blanc immaculé ne raconte rien du tout (dommage, c’est une occasion ratée).
Ce qui fonctionne : un décor avec de la profondeur et des éléments flous en arrière-plan. Des bureaux, une bibliothèque, un atelier, une baie vitrée. On éloigne la personne du mur d’au moins deux mètres, on ouvre le diaphragme, et le fond devient un joli flou qui donne du volume à l’image.
Ce qui ne fonctionne pas : une plante posée là au hasard, un tableau blanc couvert de post-it, une pile de cartons, un collègue qui traverse le champ en faisant coucou.
Et le fond vert ? Il dépanne, mais il se voit. On lui préfère toujours un décor réel.
Le schéma classique, celui qui marche à tous les coups :
Pas de matériel ? Une grande fenêtre, la personne placée de trois quarts face à elle, et un réflecteur blanc de l’autre côté (une nappe, un carton, une feuille A3, on ne juge personne). Ça fonctionne étonnamment bien.
La vérité qui fait mal : la caméra est le paramètre le moins important. Un hybride plein format, un caméscope, un smartphone récent, tous font l’affaire aujourd’hui.
Ce qui compte vraiment, dans l’ordre : l’audio, l’éclairage, le cadrage, et seulement ensuite le capteur. Une interview filmée au téléphone avec un bon micro et une belle lumière battra toujours une interview tournée en 4K cinéma avec le micro intégré.
C’est la partie qu’aucun tutoriel matériel ne vous expliquera. Et pourtant, c’est celle qui fait la différence entre une interview correcte et une interview mémorable.
Cinq minutes. C’est le temps qu’il faut pour désamorcer le stress d’un interviewé, et c’est le meilleur investissement de la journée.
Concrètement, on ne branche pas la caméra tout de suite. On discute. Du trajet, de la météo, du café. On explique ce qui va se passer, combien de temps ça va durer, et surtout, qu’on peut refaire les prises autant de fois que nécessaire.
Ce dernier point change tout. La plupart des gens paniquent parce qu’ils croient que c’est du direct. Dites-leur que non. Regardez leurs épaules redescendre.
Petit détail qui compte : lancez l’enregistrement avant que la personne s’en rende compte. Les meilleures phrases sortent souvent pendant les tests audio.
Si votre interlocuteur est vraiment stressé, notre article sur être à l’aise devant la caméra contient tout ce qu’on lui envoie en amont.
Pour une prise de parole sensible (presse, actualité délicate, sujet technique), le média training n’est pas un luxe. Une formation d’une demi-journée suffit à transformer un dirigeant paniqué en interlocuteur crédible.
Le principe est simple : on identifie trois messages clés, on les répète, on s’entraîne à les replacer quel que soit l’angle de la question. Et on filme les essais, parce que se voir à l’écran est la meilleure façon de progresser (aussi désagréable soit-elle).
Comment interviewer quelqu’un ? En l’écoutant vraiment. Ça paraît idiot, mais c’est l’erreur numéro un.
L’intervieweur débutant a le nez dans sa liste et pense à sa question suivante pendant que l’autre parle. Résultat : il rate la phrase en or qu’il aurait fallu creuser, et il enchaîne sur un sujet sans rapport.
Hochez la tête. Souriez. Regardez la personne dans les yeux. Vous n’êtes pas en train de cocher des cases, vous êtes en train d’avoir une conversation.
La première réponse est presque toujours la version officielle, celle qui a été répétée dans la voiture. La deuxième, celle qui arrive après une question de suivi, est la bonne.
Nos relances préférées :
Une interview, ce n’est pas un interrogatoire. Ce n’est pas non plus un questionnaire de satisfaction. C’est un chemin.
Une question ouverte, toujours. Bannissez tout ce qui se répond par oui ou non. « Est-ce que vous êtes satisfait ? » vous donnera « oui ». « Qu’est-ce qui a changé pour vous ? » vous donnera trente secondes exploitables.
Une seule idée par question. Les questions à tiroirs (« pouvez-vous nous parler de votre parcours, de votre métier et de vos projets ? ») produisent des réponses confuses. Votre interlocuteur en oublie la moitié, ou répond dans le désordre.
Des questions courtes. Si votre question dure plus longtemps que la réponse, c’est vous qui donnez l’interview.
Faites reformuler la question dans la réponse. Astuce d’or : demandez à la personne de commencer sa réponse par un rappel du sujet. Pas « ça a duré trois ans » mais « ce projet a duré trois ans ». Au montage, vous pourrez supprimer les questions et obtenir un discours qui tient tout seul. Votre monteur vous enverra des fleurs.
Pour un témoignage client, voilà une trame qui fonctionne à tous les coups :
Notez la progression : on part du factuel, on aborde l’expérience vécue, on finit sur une phrase qui claque. C’est cette dernière qui ouvrira ou fermera votre montage.
Interviewer un membre de son équipe demande une précaution supplémentaire : il parle de son employeur, devant son employeur. Autant dire que la parole n’est pas toujours libre.
Notre technique : on précise en amont que la vidéo sera relue avant diffusion, et qu’aucune séquence ne partira sans son accord. Ça libère énormément. Et on évite les questions qui appellent une réponse « corporate » (« que pensez-vous des valeurs de l’entreprise ? » ne produira jamais rien de sincère). On demande plutôt : « racontez-moi une journée type », ou « qu’est-ce qui vous a surpris quand vous êtes arrivé ? ».
Une interview de sept minutes en plan fixe, même bien éclairée, c’est long. Très long. Voici comment on casse la monotonie.
Filmez des plans de coupe (ou B-roll). La personne qui marche dans son atelier, ses mains sur un clavier, un détail de son bureau, une interaction avec un collaborateur. Ces images vous sauveront la vie au montage : elles couvrent les coupes, illustrent le propos et laissent respirer le spectateur.
Comptez au moins autant de temps de B-roll que d’interview. Ça paraît beaucoup. Ça ne l’est pas.
Un format interview original, ce n’est pas un gadget. C’est souvent ce qui fait qu’on regarde jusqu’au bout.
Passons au concret. Voici ce qu’on emmène sur une interview vidéo standard.
On le répète parce que c’est vrai : le public pardonne une image moyenne, jamais un son moyen. Une image un peu granuleuse, on regarde quand même. Un son qui grésille, on ferme l’onglet en trois secondes.
Le micro-cravate est le standard de l’interview. Discret, proche de la bouche, il capte une voix claire et régulière. On le clippe à une quinzaine de centimètres du menton, sous le col, en cachant le fil sous le vêtement.
Alternatives : le micro-canon suspendu à une perche (excellent, mais il faut quelqu’un pour le tenir), ou un enregistreur audio posé hors champ (dépannage acceptable).
Et on enregistre toujours une piste de secours. Toujours.
Écoutez la pièce avant de vous installer. Une clim qui souffle, un frigo qui vibre, un open space bruyant, une rue passante : tout ça s’entend à l’enregistrement, même si votre oreille l’a filtré.
Coupez ce que vous pouvez couper. Éloignez-vous du reste. Et enregistrez trente secondes d’ambiance seule (le « son de salle »), votre monteur en aura besoin pour lisser les coupes.
Filmer quelqu’un, ce n’est pas anodin. Deux conditions à ne jamais zapper.
L’autorisation de droit à l’image. Un document signé par chaque personne filmée, qui précise l’usage prévu, les supports de diffusion et la durée d’exploitation. Sans elle, vous n’avez légalement pas le droit de publier – y compris pour une interview interne diffusée sur l’intranet.
Les données personnelles. Si l’interviewé cite des chiffres confidentiels, des noms de clients ou des informations sensibles, faites valider la version finale par les personnes concernées. Ça évite les mauvaises surprises trois semaines après la mise en ligne.
Notre règle : on fait signer avant le tournage, jamais après. Une fois la caméra rangée, tout le monde est pressé de partir.
L’interview, c’est de la sculpture. Vous avez quarante minutes de rushes, il vous en reste trois. Le montage, c’est le moment où on enlève tout ce qui n’est pas la statue.
Première étape : le dérushage. On écoute tout, on note les moments forts, on identifie les phrases qui font mouche. Puis on construit le fil narratif, question par question, en gardant seulement l’essentiel.
On supprime les « euh », les hésitations, les faux départs, les répétitions. On raccourcit les réponses qui traînent. Et on n’a pas peur de couper les questions elles-mêmes : si la personne a reformulé (voir plus haut), le discours tient debout tout seul.
Le montage interview a un ennemi : le jump cut, ce saut disgracieux quand on coupe dans un plan fixe. Trois solutions :
Les sous-titres ne sont plus une option. Sur les réseaux sociaux, une majorité de vues se fait sans le son. Une interview non sous-titrée, c’est une interview à moitié perdue.
Ajoutez un lower third (le bandeau nom + fonction en bas de l’écran), une intro courte, une musique discrète qui porte le propos sans écraser la voix, et un sound design léger sur les transitions.
Enfin, l’étalonnage : uniformiser les couleurs entre les caméras, corriger les teintes de peau, poser une ambiance. Ce sont les dix derniers pourcents, et ce sont souvent eux qui font qu’une vidéo fait pro.
L’IA a pris une vraie place dans nos workflows, mais pas là où on l’attendait. Elle est excellente pour tout ce qui est fastidieux : transcription automatique des rushes, génération de sous-titres, nettoyage du bruit de fond, découpe d’un long entretien en formats courts pour les réseaux.
Elle est en revanche très moyenne pour choisir quoi garder. Le sens, l’émotion, le moment où la voix de quelqu’un se casse un peu, ça reste un travail humain. On utilise l’IA pour gagner du temps sur la technique, jamais pour décider du fond.
Une interview qui dort sur un serveur n’aide personne. La diffusion se pense dès le brief, pas trois semaines après le tournage.
Une vidéo se pilote comme n’importe quel contenu marketing. Les statistiques à surveiller : le taux de rétention (à quelle seconde les utilisateurs décrochent), le nombre de vues uniques, le taux de clic sur l’appel à l’action, les interactions.
Ces données vous disent des choses très concrètes. Si votre audience décroche systématiquement à la quinzième seconde, votre intro est trop longue. Si le taux de complétion est bon mais les clics nuls, votre CTA est mal placé. Vous ajustez, vous testez, vous recommencez.
Témoignage client, portrait d’expert, interview collaborateur, prise de parole de dirigeant, série de contenus pour vos réseaux : chez Libellule, on filme des interviews à Bordeaux, à Paris et partout où ça nous emmène.
On s’occupe de tout : la préparation, les questions, le tournage, le montage, la diffusion. Vous, vous n’avez plus qu’à parler de ce que vous connaissez le mieux. Et si votre interlocuteur déteste les caméras, c’est justement notre spécialité – parlons de votre projet !
Posez un objectif unique, préparez un fil conducteur de questions ouvertes, mettez votre interlocuteur à l’aise avant d’enregistrer, soignez l’audio et l’éclairage, écoutez réellement les réponses pour relancer au bon moment, et coupez sans hésiter au montage. La préparation compte plus que le matériel.
Cinq étapes : la préparation (objectif, recherche, questions, repérage, autorisations), l’installation (cadrage, éclairage, son), le tournage (mise en confiance, questions, relances, plans de coupe), le montage (dérushage, sélection, transitions) et la diffusion (habillage, sous-titres, choix du canal, suivi des statistiques).
Envoyez à votre interviewé un kit minimal : un micro-cravate USB, un conseil de placement face à une fenêtre, une consigne de cadrage. Faites-lui enregistrer sa piste en local (pas seulement via la visio, dont la compression détruit la qualité audio), puis récupérez le fichier. Ça change tout, et ça ne coûte presque rien.
Au tournage, comptez 30 à 60 minutes d’entretien. Au montage, la vidéo finale fait généralement entre 1 et 3 minutes pour un témoignage client, jusqu’à 5 ou 6 minutes pour un format expert ou pédagogique. Sur les réseaux sociaux, on descend souvent sous la minute.
L’interview repose sur la parole. Le reportage raconte une situation. Concrètement, l’interview se tourne en dispositif fixe, autour d’un ou plusieurs intervenants. Le reportage, lui, montre du mouvement, de l’action, de l’ambiance, et il peut très bien intégrer des interviews à l’intérieur. En clair : l’interview peut être un ingrédient du reportage. L’inverse, pas vraiment.
Dans un lieu qui a du sens pour le propos : les bureaux de la société, un atelier, un site de production, un espace de travail réel. On cherche de la profondeur (pour un joli fond flou), une lumière naturelle exploitable, et surtout du silence. Le studio reste une option, mais il faut assumer sa neutralité.
Chez Libellule, on vous recommande de partager les thèmes, mais jamais les questions mot pour mot. Quelqu’un qui a les questions exactes prépare des réponses écrites, et ça s’entend immédiatement (le regard décroche, le débit devient mécanique). Les thèmes rassurent sans figer ; c’est, selon nous, le bon équilibre.
Oui, systématiquement, y compris pour une diffusion interne. Le document doit préciser les supports, les canaux de diffusion prévus et la durée d’exploitation. On le fait signer avant le tournage : une fois le matériel rangé, tout le monde est déjà parti.